Veneranda Paladino, Dernières Nouvelles d’Alsace

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Dès les premières lignes de Des carpes et des muets, Édith Masson nous plonge au cœur d’une énigme. Ramenant à la surface un passé qui n’en finit pas d’obérer le présent, son premier roman déploie un charme constricteur.

Le passé douloureux est un cruel tourment. Il plombe les corps comme les consciences. Comment briser le silence, dire les non-dits, parler des haines recuites, des frustrations sexuelles ? Dans le sillage des carpes et des muets, Édith Masson ouvre la boîte de Pandore. Et brise le calme apparent qui entoure le quotidien d’un village ordinaire.

La Lorraine inscrit son premier roman dans des paysages familiers. Qui portent par-delà la tranquillité d’une campagne douce, de bois et bosquets creusés par le tracé de cours d’eau, des marques de guerre. Une terre saignée par les obus de la Grande guerre, tavelée par des récits de morts, de camps, d’exode, de cruautés.

Ossements et tournesols bleus

D’un passé qui n’en finit pas de passé, la guerre reflue. Il suffira d’une journée, d’une journée de canicule qui en rappellera une autre il y a bien des années… Les désirs exacerbés, les passions frustrées avaient alors suscité une rixe générale et la noyade suspecte d’Athanase.

Noué à l’échelle d’un canal, on découvre un sac d’ossements humains. À qui appartiennent-ils ? Qui est l’auteur de cette macabre mise en scène siglée de tournesols bleus?

Le maire Boule, Phlox, l’étranger, Prisque l’épicière, Nazaire le bistrotier ? Hilaire, Clovis, Polycarpe… Autant de suspects qui s’épient dans l’ombre des disparus – le soldat allemand Heinrich, le père de Jean-Guy, Brice.

Dans la chaleur et l’alcool les esprits s’échauffent, on ne tient plus le silence. Les langues se délient comme un raz-de-marée. « Il connaissait bien cette vague ramassée sur elle-même, la vague invisible des rages qui roulent sous le calme apparent d’un océan plat, et le moment venu, se déploient en fracas. Un simple mouvement de la vie la casse, elle s’éteint sans dommage : un autre l’attise et c’est l’imprévisible marée, que rien n’arrête ni ne contient. »

Dissoudre la pénombre des êtres

L’écriture d’Édith Masson se déploie lentement et enveloppe le lecteur. Elle se glisse avec une détermination calme dans les plis de l’âme de chaque personnage. Avec la volonté de dissoudre la pénombre des êtres. C’est une humanité violente, claire, livrée à une mélancolie qui s’avance.

On retrouve des accents d’Yves Ravey ou de Marie-Hélène Lafon dans le tuilage Des carpes et des muets. À l’instar de ces écrivains, Édith Masson travaille les mots comme on trace des sillons, fouillant le terreau du verbe pour exhumer le rythme juste, l’image précise, les sensations ressenties. Saisissant la trace enfouie du bonheur. Comme celle tapie en Phlox remontant à un été d’une enfance trop rarement heureuse. « C’était elle qui l’avait conduit ici, dans ce lieu où se disaient toutes ces choses. »

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