Thierry Clermont, Le Figaro littéraire

Thierry Clermont, Le Figaro littéraire

Les reportages américains du poète russe datant de 1925 sont enfin réunis en français. Lyrique et décapant.

En juin 1925, le poète futuriste, le chantre de la révolution d’Octobre, quitte Paris où il était arrivé six mois plus tôt pour partir à la conquête de l’Amérique, où il restera trois bons mois. Tout comme John Dos Passos avant lui, Robert Desnos en 1928 ou Antonin Artaud en 1936, Maïakovski embarque à Saint-Nazaire à bord du vapeur Espagne de la Compagnie générale transatlantique. Une première escale à Santander, puis Cuba et Veracruz, avant son arrivée au cœur de l’empire capitaliste. Ce périple lui a inspiré de nombreux textes (proses et poèmes, dont le fameux Black and White écrit à Cuba) dont on ne connaissait jusque-là que quelques extraits, en français. Les voici enfin réunis pour la première fois, et superbement préfacés par Colum McCann.
L’auteur du Nuage en pantalon entame son récit par son épique traversée maritime en mariant l’humour à l’ironie. Puis c’est l’arrivée à La Havane, où il reste quelques heures. Le temps de flâner parmi les dockers et dans le quartier chic du Vedado, où il surprend, dans un jardin, « des flamants de la couleur de l’aube ». Au Mexique, il est fasciné par « cette nuit d’un bleu outremer absolu, les silhouettes noires des palmiers pareilles à des peintres bohèmes aux cheveux longs. » Il ajoute: « Le ciel et la terre se confondent. » Quelques jours plus tard, il est accueilli à Mexico par Diego Rivera, qui lui fait découvrir son univers: «Le paradis originel et la liberté du travail, les coutumes anciennes, les fêtes du maïs, les danses rituelles de la mort et de la vie, les offrandes de fruits et de fleurs. »

«Gueulard démonstratif»
New York, Cleveland, Detroit, Chicago, Philadelphie, au temps de la prohibition, en pleine affaire Sacco ct Vanzetti, dans « le pays des dollars ». Le géant russe y multiplie les rencontres, les conférences, les lectures publiques, les articles de presse, noircit inlassablement ses carnets, l’oreille et l’œil aux aguets. Choses vues et entendues, commentaires, indignations. L’homme intrigue, l’homme séduit. Le New York Times parle de lui comme « le généralissimo d’une armée de troubadours révolutionnaires ». La ville qu’il découvre et qu’il aime est celle des trains et des métros, des usines de confection, des rues électriques, celle des « flux de voitures et d’hommes » et des elevators, sans oublier Coney Island.
Plus loin, il évoque une grève d’ouvriers à Chicago et les abattoirs de la même ville ( « Un des spectacles les plus répugnants que j’ai vus clans ma vie »), les défilés du Ku Klux Klan, le Nouvel An juif, les échoppes chinoises, les communautés russes, le jazz et le fox-trot, la ségrégation raciale, l’usine de montage Ford à Detroit.

Comme le dit McCann clans son introduction (elle remonte à 2005), à propos de ce « gueulard démonstratif » : «Maïakovski est charmé par les détails les plus simples et sa voix parfois prend de la hauteur. Il a un don immense, incontestable, celui de l’empathie. »

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