Sylvie Legendre-Torcolacci, Encres vagabondes

SSylvie Legendre-Torcolacci, Encres vagabondes

Le kaddish, la prière des morts. Dans les silences de cette nuit de 1957, l’année où Camus se vit décerner le prix Nobel de littérature, deux voix se répondent, s’interpellent, deux hommes dialoguent, réunis dans la filiation et la fiction, deux hommes que tout oppose et qui se recherchent. Ce sont en réalité deux personnes de deux générations qui se parlent, dans un dialogue profond et émouvant : Albert Camus, orphelin, brillant, torturé et son grand-père, matelot, qu’il ne connut pas et qui, comme toute sa génération, vécut l’horreur de la guerre : J’ai rêvé d’une utopie où un matelot mélancolique et ténébreux téléporté par prodige depuis son bled algérien se pencherait sur l’épaule d’un orphelin célèbre, au moment même où celui-ci écrivait […] Pensées de mort. […] et dans ma petite utopie puérile, le matelot relâcherait le long du fusil US17 l’étreinte de son poing, tapoterait sur l’épaule de l’écrivain, lui demanderait, un instant, cher monsieur, tenez, prenez mon arme, et laissez-moi rien qu’un instant tenir la vôtre.
Dans ce discours impossible mais si vrai pourtant, deux intelligences, deux mémoires se répondent, s’apostrophent, proposent leur vision de la vie, reviennent sur les événements qui ont déchiré le vingtième siècle et au cours desquelles des héros anonymes, comme le grand-père de Camus et Albert lui-même, s’engagèrent. Dans ce récit Camus et son grand-père posent les questions inhérentes et essentielles à l’homme : Aujourd’hui maman est morte qui est la clé de sol ou l’épée de Damoclès de son œuvre : hier est un aujourd’hui, demain est un aujourd’hui, le passé ne passe pas, l’avenir ne vient pas, car dans toute vie, il s’agit de mourir, et de se préparer à la mort faute d’être jamais prêt pour la sienne. Seront révélés aussi des souvenirs, voire des secrets, trop longtemps enfouis dans le non-dit. Autant le dire, cette conversation mènera le lecteur au cœur de l’intimité de ces hommes mais bien au-delà.
C’est un vrai plaisir de découvrir un beau texte sur Camus, de relire des citations de l’écrivain, de retrouver, en filigrane, l’univers du philosophe ; le lecteur découvrira aussi un Camus inattendu, qui revient sur le destin de sa famille et sur la répercussion des tensions et des violences historiques qui ont définitivement marqué son œuvre. Vibrant hommage à Camus, ce livre au style exigeant et précis, poétique et aux accents lyriques, aborde d’une manière originale par la violence (parfois) et la justesse des propos, l’attachement de ces deux personnages qui s’aiment et se découvrent dans l’éternité de cette nuit de confidences, d’aveux et de réflexion. Emmanuel Ruben signe un deuxième texte magnifique, dans un genre différent de son premier roman, Halte à Yalta, paru en 2010.

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