Le Club de Médiapart • Yves Faucoup
Les sans-nom de la Grande Dépression
La crise que connurent les États-Unis dans les années 1930, est au cœur du roman de Steinbeck, Les Raisins de la colère. Mais avant lui, une écrivaine, Sanora Babb, avait produit sur la misère des réfugiés intérieurs un récit émouvant qui fut refusé pour ne pas entraver le succès du premier. Son livre vient de paraître en France.
La crise du capitalisme américain, avec son acmé du vendredi noir (krach du 24 octobre 1929) s’est exprimé d’abord par la chute des valeurs boursières qui perdront 90 % entre 1929 et 1932. La production s’effondre et des millions d’ouvriers sont jetés à la rue (un quart de la population active), deux millions d’Américains se retrouvent sans-abri.
Les campagnes ne sont pas immédiatement impactées. La récolte de 1931 est abondante, mais, bien vite, les produits agricoles s’écoulent mal car la consommation, du fait de la pauvreté de la classe ouvrière, est en baisse. Les banques, selon un processus qui a des similitudes avec ce qui s’est passé avec la crise des surprimes en 2008, refusent d’accorder des prêts aux paysans, contrairement à ce qu’elles avaient fait largement les années précédentes, les contraignant à s’endetter. La crise va être accentuée par la sécheresse qui sévit à partir de fin 1931 et les tempêtes de poussières (Dust Bowl) provoquant une véritable catastrophe écologique et agricole. Pour compenser les pertes, les agriculteurs agrandissent les surfaces cultivées. Les prairies d’autrefois (pâturage pour bisons), ventées et arides, sont transformées en terres céréalières. La fine couche arable fertile, sur des terres sur-labourées, est emportée par le vent, jusqu’à une centaine de kilomètres. Les sols victimes de l’érosion ne procurent plus les mêmes rendements. Les virevoltants, arrachés du sol, s’agglutinent aux fils de fer barbelé des clôtures. Sur d’autres territoires, un autre fléau : les invasions de moustiques.