Martine Laval, Le Matricule des Anges

Martine Laval, Le Matricule des Anges
Les écrivains n’ont pas le monopole des états d’âmes. Lorsqu’ils s’épanchent sur leur douleur au travail, entre autofiction et autoflagellation, ils deviennent vite ennuyeux. Jean-Marie Dallet a déniché une parade. Puisque la famille et sa farandole de relations lourdes sinon tordues laisse trop d’empreintes jusqu’à l’asphyxie (ou la page blanche), autant régler ses comptes une bonne fois pour toutes. Un beau matin, l’écrivain convoque donc le grand-père (et la grand-mère), le père (et la mère), les apostrophe de façon joyeuse, les rudoie même, et… s’attendrit. « Entrez, entrez » leur dit-il, asseyez-vous, racontez-moi tout, et essayez d’imaginer ce que vous m’avez offert en héritage. Je vous le demande : comment être à la hauteur de votre destinée, comment puis-je être moi-même ainsi ligoté tétanisé par vos ombres tutélaires ? Le grand-père : un courage sans borne, vaillant soldat la fleur au fusil dans les tranchées de 14-18, revenu aveugle et malgré l’infirmité instituteur jusqu’à la moelle, jusqu’au bout de sa vie. Le père : auteur d’un premier roman très remarqué, sélectionné par le Goncourt, et qui meurt à la guerre, celle de 39-45 peu de temps avant la naissance du fils et narrateur. Qui se voit lui aussi propulsé dans une autre guerre, celle d’Algérie. Comment échapper à ce monde d’assassins, à ce vingtième siècle? Se borner à devenir solitaire et reclus, boire, s’enticher de femmes, faire l’écrivain ? Est-il envisageable de vivre « petit bonhomme coincé entre un monde peu enviable en train de disparaitre et un monde naissant déjà pire? » Dans Ce que disent les morts et les vivants, bien d’autres guerres jaillissent , traversées de paroles mutilées, de mots effacés, d’idées absurdes, quoique: « S’il ne fallait pas mourir j’aimerais bien ne plus vivre » dit la mère en laissant un immense trou plein de questions.
En convoquant ses démons, sa parentèle, Jean-Marie Dallet abdique et leur fait grâce d’une écriture amoureuse, désespérance et ironie toutes unies. Il se met à l’épreuve, avoue que, jeuneot, il a déclaré des choses ridicules: « les mots c’est ma peau ; écrire pour vivre c’est vivre pour écrire » ou encore se vouloir écrivain c’est se « croire libre ». Une seconde fois, il abdique : que faire d’autre si l’on est bon qu’à ça ? S’y résigner, pardi, et ainsi offrir au lecteur des pages bouillonnantes.

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