La Provence Colere

La Provence • Jean-Remi Barland

Prix des lecteurs de Gou­lard pour cette épopée tragique à l’époque médié­vale, Lamine Roux viendra rencontrer son public dans la librairie ce vendredi 9 janvier à 18h. Et si un des romans les plus forts émotionnellement de cet automne littéraire était Trois fois la colère ? Impressionnant, avec ses quatre parties intitu­lées « Racine », « Branche », « Sève » « Drageon », signalant chez l’au­teur la volonté d’envelopper son large récit dans une écriture panthéiste, ce texte d’une am­bition incroyable nous plonge aux confins des Alpes à l’époque médiévale.

D’emblée saisis, nous y suivons le destin tragique de triplés sé­parés à la naissance et marqués du fer rouge de l’infamie et de l’injustice, « d’une mystérieuse tache au cou ». Fruits d’un viol, ils sont arrachés à leur mère Gala à la naissance par La Prodigue, la vieille accoucheuse du village, sorcière, rebouteuse, gardienne des lignées. Reine est confiée à Clarisse de Bure, l’épouse du seigneur, qui se croit stérile. Éphraïm, garçon aux yeux vai­rons, est abandonné sur le seuil d’un prieuré où un bénédictin l’élèvera comme son fils. Quant au troisième, une nouvelle-née laissée pour morte, elle sera l’idiote, l’attardée sublime, sur­nommée Mange-Ciel.

Puissance visuelle et sens du portrait

En parallèle, Miou attend son procès suite à la mort de son grand-père, le seigneur Hugon de Bure, dont elle a sectionné la tête afin de venger sa mère, son oncle et sa tante, tous vic­times de ce cruel seigneur qui accuse des innocents sous l’œil complice de l’Église. Bouscu­lant la chronologie, l’autrice s’empare au passage des ques­tions de la domination mascu­line, de l’équité, de la loi du ta­lion, et de la peine des hommes afin de signer un requiem pour âmes pures et cœurs souffrants. C’est d’autant plus poignant qu’il s’agit ici non d’un roman à thèse mais d’une fable sombre, sorte de western médiéval avec courses à cheval et secrets en­fouis qui surgissent au détour d’une narration à tiroirs. La compassion qu’éprouve Lau­rine Roux pour ses personnages n’a d’égale que la puissance visuelle de son style qui mêle histoires traditionnelles mé­diévales et sens du portrait. On retiendra les visages de Guil­laume Podor, « un homme bon, doué d’un esprit clairvoyant, qui avait pris la tête des Crots après que le père Arnould avait suc­combé à la démence ». Ou celui de Pietro un fils de noble famille qui, dédaignant toute forme de pouvoir, « avait étudié sous la direction d’un précepteur s’écar­tant des méthodes scolastiques » et contemplait à la chasse « la tendreté des faons ». On notera dans ce roman féministe an­cestral, nourri d’une triple co­lère juste, finalement très en lien avec les situations sociales d’aujourd’hui, combien la na­ture, symbole de l’amour et de l’espoir, demeure souveraine. Et c’est exemplaire autant sur le fond que dans la forme.

Lettre d'information

Inscrivez-vous à notre lettre d’information pour être tenu au courant de nos publications et des manifestations auxquelles nous participons.