Grégory Mion, critiqueslibres.com

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Par son obscénité même, par sa trivialité insoutenable, par l’absence totale de pudeur de ceux qui s’y étalent comme des éléphants de mer, la « rentrée littéraire » française n’est pas, ne peut pas ou ne peut plus être le moment où le livre est mis à l’honneur. À cette époque de l’automne, le livre n’en est plus un, il ne ressemble plus à rien – il fait même honte. On ne devrait donc plus parler de lecture, mais de consommation ininterrompue, voire d’une goinfrerie chic vulgarisée. S’agit-il d’une évidence ? Il faut croire que non puisque personne ou presque n’en relève l’effarant degré de manifestation ! Rappelons ainsi quelques aspects de ce quart d’évidence : le contenu des livres disparaît derrière son potentiel marchand, quand il ne s’est pas tout simplement dissous dans la stérilité des conversations qui se demandent, tout excitées, si tel obtiendra le prix de X ou si tel autre raflera le prix de Y, ou si finalement il faudra se contenter de la récompense de Z, moins prestigieuse. Manière de montrer, évidemment, que ces prix ajoutent à l’incurie intellectuelle qui est de saison et pourquoi pas de tradition. C’est dorénavant l’activité préférée de nos journalistes littéraires et même d’un nombre croissant d’éditeurs : miser (oui, miser !) sur un roman, sur un essai, participer aux raouts qui organisent le renvoi des ascenseurs, en somme procéder à tout ce qui n’a strictement aucun rapport avec la littérature. C’est à se demander, d’ailleurs, pourquoi tout ce beau monde s’est en général investi dans des études littéraires plutôt que dans des licences, des maîtrises ou des doctorats d’économie. Sans doute que cela constitue pour eux un alibi, une justification des professions usurpées, une membrane qui les raccroche à la vieille chronique d’une rédaction étudiante, par exemple un devoir, une dissertation sur Jacques Laurent et « l’esprit des lettres » que ce géant pouvait représenter. Avec quelle facilité, pourtant, ils ont jeté tout ceci dans les égouts ! Ce sont des nains qui enfilent des habits trop grands pour eux, des renégats énormes qui n’ont jamais eu le niveau des auteurs qu’ils ont feint d’admirer, et c’est précisément de leur faute si nous sommes aujourd’hui aux prises avec la mort non seulement de la critique littéraire, mais aussi, osons l’affirmer, la mort ou l’expropriation de toute espèce de littérature sérieuse, celle-là même, donc, qui aspire à de véritables grandeurs et qui élève l’esprit du lecteur. Et l’époque est tellement vicieuse que c’est moi que l’on accusera de ressentiment ou de je ne sais quelle autre affection des humeurs, alors même que je défends, du fond de mon interminable mise en quarantaine, des livres que presque plus personne ne lit ou ne lira, parce que ces livres ne sont pas « calibrés » pour un lectorat économiquement envisagé ou pour un journalisme affligeant de platitude. J’en retire au moins un bénéficie spirituel inestimable, lorsque d’autres, évidemment, se renflouent avec une catastrophique indécence. Ce n’est que la norme et l’annonce d’un futur littéraire sordide.

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