Eric Pessan, remue.net

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Le jour où Abel Romero, ancien policier chilien vivant à Barcelone, reçoit une lettre de Pierre-Jean Kaufmann, chauffeur de taxi clandestin parisien et amnésique, il pense à une farce. Kaufmann lui annonce avoir trouvé son adresse dans un roman oublié sur la banquette arrière de son taxi, roman dont Romero est le personnage principal.
Le roman en question se nomme Étoile distante, son auteur Roberto Bolaño, et l’homme l’ayant égaré s’avère vite être Christian Bourgois, l’éditeur français du livre.
Il a fallu du temps à Kaufmann pour lire ce roman. Il faut du temps à Romero pour prendre cette lettre au sérieux, et le temps s’accélère brusquement lorsque les deux hommes finissent par entrer en correspondance (postale d’abord, puis électronique) : un amnésique et un homme hanté d’un trop-plein de mémoire comprennent que leurs destins sont liés à celui d’un écrivain chilien décédé dont ni l’un ni l’autre n’avait auparavant fréquenté les livres.
Vous avez ma parole d’honneur : avant que vous ne m’écriviez, je n’avais jamais entendu parler ni de cet écrivain, ni de cet éditeur, hélas tous deux décédés. Hélas oui, car je dois vous donner raison : ma présence dans Étoiles distantes m’intrigue d’autant que je viens de découvrir que j’étais le personnage de deux autres livres de Bolaño : La Littérature nazie en Amérique et Les Détectives sauvages… Je ne sais si c’est à cause de mes vieux instincts de flic ou de ma solitude, toujours plus pesante, mais j’ai bien l’intention de percer ce mystère. Alors d’accord, jouons carte sur table. Je vais répondre à vos questions, toutes vos questions, et vous raconter mon histoire.
Raconter plus serait déflorer. Il y a une grande jubilation à lire Le Roman de Bolaño, jubilation de voir comment les deux auteurs jouent à tisser le réel à la fiction, jubilation du mélange des genres (ce roman épistolaire tient à la fois du polar, du livre d’aventure, de l’exercice d’admiration), jubilation à voir apparaître çà et là des guest-stars prestigieuses : Horacio Castellanos Moya, Javier Cercas, Antoni Casas Ros, Thomas Pynchon ou encore Enrique Vila-Matas dans leurs propres rôles.
Éric Bonnargent et Gilles Marchand s’amusent, et leur rire est communicatif, leur joie brille à chaque page et — si parfois leur roman est grave — il en demeure pas moins un formidable cri d’amour à la littérature et à son pouvoir. Ainsi, cherchant des renseignements sur Bolaño, Abel Romero s’adresse à Vila-Matas qui lui répond :
Moi, si je devais me servir de vous, je vous réinventerais, je ne garderais que quelques éléments de votre histoire et en profiterais pour parler d’autre chose – de littérature, certainement. Je me servirais de vous, non pour dénoncer le monde, je ne dénonce jamais rien et la littérature engagée est toujours de la mauvaise littérature, mais pour l’interroger, pour obliger le lecteur à prendre conscience de sa structure chaotique.
Et plus loin :
D’ailleurs, les personnages de fiction ont souvent bien plus d’épaisseur que les personnes réelles (…).
Éric Bonnargent et Gilles Marchand sont respectivement critique et essayiste, auteur et éditeur, ils jouent avec leur lecteur un jeu subtil et savant, ils se plaisent à brouiller les codes, à noircir les ombres, à multiplier les pistes et les références, à bâtir des hypothèses farfelues ou réalistes, à faire du monde une bibliothèque et de la bibliothèque un monde. Les secrets sont partout, même à la page 112 des plus insignifiants ouvrages.

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