Claude Cabanes, Service littéraire

Claude Cabanes, Service littéraire

La légende prétend que le dernier des rois de Mataram, sur l’île de Java, s’était fait emmurer vivant dans son palais du sanctuaire de Boroboudour, pour y mourir de plaisir parmi ses 10 000 concubines. Il y a ainsi des légendes qui semblent avoir été taillées sur mesure pour Roger Vailland, habité par la haute figure du libertin : celle-ci l’a mis très vivement en appétit au cours du voyage en Indonésie qu’il avait effectué dans les années cinquante pour le compte de la Tribune des Nations. Les Éditions du Sonneur ont aujourd’hui la très heureuse idée de republier le récit de ce séjour, beau comme un roman. […] Il y a tout Vailland dans Boroboudour, comme il y a tout des grands écrivains dans leurs travaux d’écriture les plus modestes. Le fameux « Regard froid » de l’enfant de Laclos, Stendhal et Lénine, (le « li-bo », le libertin-bolchevik…), filme comme un scanner les hommes et les choses d’Indonésie : il ne respecte aucun mystère et il regarde tout en face. Mais il aime : ce reporter-là aime à en pleurer les seins des jeunes Balinaises. Et la femme qu’il aime à en mourir, là-bas dans la campagne française, Élizabeth, l’attend.
Et puis que voulez-vous, il pense… L’homme blanc en voyage vers les antipodes n’avait pas l’habitude de penser : il voyageait. Roger Vailland pense. Avec humilité, mais il pense. Pas de la pensée naine, avec décor métaphysique à deux balles, pour les zozos contemporains. Avant de partir il a travaillé : un peu d’ethnologie, d’anthropologie, d’économie, d’histoire, de sociologie, de psychanalyse, ne fait pas de mal au voyageur… Marx, non plus. L’auteur de l’Éloge du cardinal de Bernis livre ainsi une analyse de classe de la société indonésienne, particulièrement souple et fine, enrichie qu’elle est par l’affrontement des ethnies, des cartes et de religions. Il a lu Freud, aussi… Évidemment, il n’était pas nécessaire de consulter toute une bibliothèque pour observer que parmi les décombres du monde colonial hollandais agonisant « peu d’adultères se consomment à froid ». Ni pour s’interroger sur les malheurs de la jeune chinoise en voyage de noces qui n’arrête pas de vomir de la bile dans son mouchoir. Par contre Michelet, Baudelaire et Marx ne sont peut-être pas inutiles pour comprendre ceci : « les monuments qui durent changent sans cesse de signification. » Vailland était un homme grand format. Aujourd’hui il se fait rare.

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