Chemin des livres

Chemin des livres

Que ne peut-on jouir des plaisirs que donnent «les mains sur le guidon et l’âme au vent» ? Dans ce début du siècle où se répand (on dirait aujourd’hui “se démocratise”, comme si le phénomène était lié à la nature des institutions) la pratique de la bicyclette, un vieil homme – du moins un homme se sentant vieillir – lorgne sur ces passants à roulettes qui surgissent de toutes parts, perchés sur leurs machines, arborant des sourires rayonnants d’hommes heureux. Pour- quoi pas ? Pourquoi ne pas faire, comme les autres, du vélo ?

Edmondo de Amicis se livre ici à un très bel exercice, maniant l’humour et la dérision pour dire et mas- quer l’essentiel, qui n’a rien de drôle. L’exercice, bien sûr, est d’auto dérision, et pourtant aussi d’apitoiement résigné sur soi. Il y faut une bonne dose de malice.

Pour en revenir au fait, il apparaît vite que la bicyclette est le remède miracle, la panacée aux maux de l’âge, et c’est visible, qu’elle procure d’immenses joies. Et même, pour- voyeuse de sensations et d’expériences nouvelles, n’est-elle pas à même d’ouvrir l’esprit de qui s’y adonne, et si c’est un écrivain, ne va t-elle pas lui permettre d’enrichir son style de toutes les perceptions inédites qu’elle lui aura prodiguées ? Et puis, com- ment écrire des idylles cyclistes si soi- même on ne pédale pas ? Le non praticien sera-t-il crédible lorsque ses «petits récits, d’amours sur pédalier, de jalousies en selle, d’enlèvements en tandem» manqueront de la précision technique qui aurait dû leur conférer une incontestable réalité ? On le voit l’auteur en rajoute, peut-être pas sans arrière pensée littéraires. Car à faire comme tout le monde on s’expose au ridicule : faut-il se donner «des allures d’éléphant assis dans un tilbury» ? Comment lire cela ? Au premier degré ? Pourquoi pas. Mais aussi, est-ce qu’on n’y peut pas voir une manière d’art poétique ? Pour- quoi vouloir à tout prix s’attacher aux engouements du moment, pourquoi céder au conformisme et de fait oublier ou nier ce que l’on est ? On ne prendra pas tout au pied de la lettre dans ce texte somptueux et vif. Si Edmondo de Amicis se prend lui- même pour «un vieux débris», un «vieux coucou», il n’y a pas là que le constat de l’âge et de ses maux. N’est- ce pas aussi le retour sur une vie d’écriture, au tournant d’un siècle ?

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