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Le Petit bleu • Bleuenn Simon

Le toucan figurant sur la couverture du livre Le Vieux a tué cette nuit-là, c’est celui qui orne le carnet où Alain Emery a rédigé son manuscrit. « Je suis un des derniers dinosaures à écrire des livres à la main », s’amuse l’auteur. Pour lui, pas question de changer. « C’est une façon de prendre le temps, de trouver la bonne phrase ». Les phrases, il les a minutieusement choisies dans ce court roman sombre qui raconte le retour d’un écrivain dans ses terres natales après que son père a été accusé de meurtre.

Un processus d’écriture minutieux

L’écriture de ce livre lui a pris un an. Un an où, comme pour tous les livres qu’il a écrits, il a été habité par ses personnages, par ses phrases. À sa table d’écriture, à son travail, au volant, il a toujours son histoire dans un coin de l’esprit. « Il m’est arrivé de répéter en boucle des phrases en en changeant parfois un mot ou deux pour être sûr qu’elles fonctionnent ». C’est ce qui donne cette langue si riche que l’on retrouve dans Le Vieux a tué cette nuit-là et qui a séduit les Éditions du Sonneur.

« C’est la première fois que je publie un livre dans une maison parisienne », confie Alain Emery. Pourtant des livres, il en a écrit au moins une trentaine en 40 ans, mais toujours dans des maisons d’éditions bretonnes. Encouragé par ses fidèles lecteurs à dépasser les frontières régionales, l’auteur décide d’envoyer son livre aux Éditions du Sonneur, à la loyale, « par la poste, il n’y a eu aucun copinage ». Son manuscrit retient l’attention des éditeurs, une fierté pour l’auteur car parmi tous les textes reçus par la maison d’édition « ils n’en publient que huit par an ».

Des éléments tirés de sa propre vie

C’est d’autant plus précieux que Le Vieux a tué cette nuit-là est un texte avec des éléments autobiographiques. Pas de parents assassins pour Alain Emery, mais une même enfance dans une Bretagne sauvage, entre terre et mer, avec des auberges perdues dans des cambrousses et des manoirs magnifiques. Et également, bien sûr, une même passion que son personnage principal pour l’écriture. Ses émois pour la littérature qu’il décrit, l’auteur les a vécus. Les premières lectures qui passionnent, le besoin d’écrire mais aussi le décalage entre le monde des grands auteurs, et le territoire dans lequel il a grandi. Natif d’Erquy et résidant aujourd’hui à Bourseul, il se souvient avoir reçu des « regards de travers quand j’ai annoncé vouloir écrire ».

Un écrivain « heureux »

Pourtant Alain Emery n’a jamais regretté son choix. « Je suis un écrivain heureux », assume-t-il. « C’est du bonheur d’écrire, c’est peut-être un peu étrange car la veine de mes livres est sombre, mais je me régale tous les soirs à ma table d’écriture. » Et d’évoquer l’histoire qu’il écrit actuellement, un roman historique, ou les tirages épuisés de livres qu’il aimerait voir rééditer. « Je ne m’explique pas l’écriture, c’est un cadeau inouï », conclut l’auteur comblé.

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