ApresGerda-Opinion

Christian Authier, L’Opinion indépendante

Dans un roman inspiré, Pierre-François Moreau revient sur le couple formé par les photographes reporters Robert Capa et Gerda Taro

Si tout le monde ou presque connaît le nom de Robert Capa ainsi que ses photographies les plus célèbres (celles du débarquement en Normandie ou celle baptisée « Mort d’un soldat républicain » pendant la guerre d’Espagne), on connaît moins le nom de Gerda Taro. Pourtant, la photographe, née en 1910 en Allemagne, « inventa » Robert Capa, dont elle fut la compagne, en créant son pseudonyme et en lançant sa carrière. Après Gerda ne se contente pas de rendre justice à cette femme morte le 26 juillet 1936 lors de la bataille de Brunete et qui est enterrée au Père-Lachaise le jour de ses vingt-sept ans devant des milliers de parisiens dont Neruda et Aragon qui prononcent son oraison funèbre.
Le roman de Pierre-François Moreau se promène entre fiction et histoire, procède à des va-et-vient entre le mois d’août 1937 (qui voit Capa en deuil partir pour New York à bord d’un paquebot) et le passé du couple. Accompagné par un jeune journaliste communiste canadien qui assista à la mort de Gerda, Capa, avec quelques dollars en poche, court après les contrats dans la ville debout. Surtout, mimant la vie «comme d’autres font semblant d’être morts», il boit à en mourir. Les souvenirs remontent. On croise Hemingway, Aragon, Joris Ivens, André Kertész ou Dos Passos sans que ces apparitions ne paraissent forcées. Capa veut rendre hommage à Gerda avec un album, Death in the Making, rassemblant leurs photos. Hommage ambigu : les photos ne seront pas signées, mais le livre le sera par Capa…

Mentir-vrai
Pierre-François Moreau revient également sur la plus célèbre photo de Robert Capa, celle qui a symbolisé la guerre d’Espagne pour des millions de personnes à travers les époques. Or, il s’agissait d’une imposture, des miliciens ayant pris la pose. Ironie (noire) de l’histoire : ils mourront «réellement» un ou deux jours plus tard…
Alors, simple falsificateur Capa ? Ou adepte d’un certain mentir-vrai ? « Cette photo a beau être une mise en scène, elle raconte pourtant la vérité du sacrifice de ces gars, paysans andalous anonymes qui voulaient une refonte de la loi agraire pour pouvoir manger du fruit de leur terre, de leur sueur. Un champ de chaume coupé, voilà pourquoi ils étaient prêts à mourir. Cette image raconte aussi ce mois de septembre 1936 avec Gerda, notre complicité malicieuse, nos illusions adolescentes. Espejo, le miroir de nos espérances. Un journaliste de La Voz, un quotidien madrilène, a parlé de nous dans l’un de ses articles. Pour lui, nous étions presque des enfants, des insouciants plantés debout à photographier sous la mitraille le passage d’un avion au-dessus d’un barrage de miliciens. J’avais vingt-deux ans, et Gerda vingt-six », dit-il. Roman d’amour, roman historique démystifiant quelques images pieuses, Après Gerda est peut-être avant tout – comme le suggère Capa – un roman sur la jeunesse et et l’insouciance, tout ce bonheur que l’on ne savait pas.

 

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