Alain Nicolas, L’Humanité

Alain Nicolas, L’Humanité

Jérôme Lafargue, deux autoportraits en miroir.

L’auteur réunit en volume des textes parus sur le Net et revient sur un épisode douloureux. De l’intime au global, double manière de se mettre en mots.

 

Jérôme Lafargue, qui nous embarque dans ses romans au long cours, comme L’Ami Butler, Dans les ombres sylvestres, ou plus récemment En territoire Auriaba, connaît aussi l’art du cabotage et de ses escales secrètes. En témoignent deux brefs et précieux ouvrages parus ces dernières semaines. Au centuple est né de la volonté de publier sur Facebook, chaque jour, un texte de cent mots, et ceci pendant cent jours. Projet «un tantinet dérisoire», avoue l’auteur. Quelle meilleure raison de faire u n livre ? Entamé le 8 novembre 2015, il s’achève en février 2016,  après dix mille mots. Au passage, l’auteur précise que le seul jour où la contrainte n’a pas été respectée est le 14 novembre 2015, ce qui explique, dit-il, le caractère «un peu à part» du sixième texte. Pour le reste, c’est le journal de marche d’une pensée singulière, capricieuse, allant par sauts et gambades.

Ses fables express parlent du monde, de la vie, croquent des situations tendres ou tristes
C’est un peu la loi du genre. En ligne sur des blogs, en feuilleton dans la presse, ces billets sont faits en principe pour être oubliés aussitôt que savourés. Quel qu’en soit le sujet, ils ne parlent que de l’impermanence des choses. Les réunir en recueil les soumet à la rude épreuve de la pérennité. Le disparate est au rendez-vous. Le lecteur aura pourtant tôt fait de repérer des tendances. Ainsi, de nombreuses courtes fictions résonnent étrangement avec les romans de l’auteur. Un rédacteur d’encyclopédies tente de « Cataloguer les pensées secrètes des hommes », et finit mal. Un joyeux luron est écartelé pour avoir tenté de mener contre le roi « une révolte ludique et guillerette ». Un académicien invente le mot « psychomasticoïde » et se fait lyncher par ses confrères. Deux écrivains écrivent sans le savoir les mêmes livres, un duel organisé par leurs éditeurs se solde sur un match nul: leurs balles se télescopent. Un Russe mène exactement la vie de Charles Bukovski, le célèbre écrivain alcoolique américain. Mais il n’écrit pas et personne n’en parle. Qu’on se rassure, il en reste beaucoup, et d’aussi savoureux. Les écrivains sont, on l’aura remarqué, très présents, et l’auteur en joue, imaginant même un dialogue où on le traite de « monomaniaque naicissique ». C’est que les écrivains et artistes réels ne manquent pas : Walser, Mahler, Lévi-Strauss, Boyden, Poe, Hemingway, Lowry, Pessoa, Borges, la plupart du temps évoquées comme en passant, à l’appui d’une réflexion sur la littérature et l’art. Au Centuple n’est pourtant pas refermé sur le monde des mots. Ses fables express parlent du monde, de la vie, croquent des situations tendres et hilarantes, parfois tristes. Jérôme Lafargue parle de la société, du monde qu’il a parcouru et étudié, de son pays, de la forêt landaise, et de lui.

C’est aussi le sujet plus grave du livre qu’il donne dans la collection créée par Martine Laval « Ce que la vie signifie pour moi ». Son père, dépressif chronique, s’enfuit un jour de leur maison, avec son chien et son pistolet. À peine sorti de l’enfance, l’auteur interrompt ce geste qu’il fera, quinze ans plus tard. Jérôme Lafargue donne avec Un souffle sauvage un livre pudique et profond, ramassant et dessinant à la plume l’autoportrait dont Au centuple diffractait les mots par centaines.

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