Est Républicain • Magalie Delle·Vedove
Céline Righi célèbre le vivant
Un troisième roman, celui de la confirmation. Céline Righi, autrice lorraine originaire d’Hussigny-Godbrangdea, dans le Pays Haut, avait agréablement surpris avec ses deux premiers romans. Avec La Chambre fougère son troisième roman, elle confirme la force de son style épuré et sa capacité à sonder les âmes.
Un petit volume qui tient dans la main. Un roman à la lisière du conte. Dans La Chambre fougère, Céline Righi conte la vie d’Erna et de Pain-Beurre, des jumeaux. Erna souffre d’un mal qui n’aura jamais de nom. Pain-Beurre se sacrifie pour tenter de sauver sa sœur. Partout, la nature est présente : « Je voulais que la forêt ne soit pas un simple décor, explique la romancière, mais un personnage à part entière. »
Écrit dans les Vosges, où Céline Righi a vécu « dans un chalet entouré de grands sapins », le récit ne s’ancre ni en Lorraine, ni ailleurs. Il parle de tous ces villages qui vivent au rythme des éléments. Au fil des pages, la nature assume sa force. « On frôle le réalisme magique, confirme la romancière. Les frères Grimm m’ont toujours inspirée. » Comme chez Giono ou Claudie Hunzinger, deux autres figures tutélaires, le monde d’Ema et de Pain-Beurre est un grand tout vivant.
La puissance du lien fraternel
Si le roman déroule les liens qui unissent l’homme à la nature, il explore aussi ceux qui unissent les jumeaux. « Je crois que j’interroge l’amour quand le dévouement devient emprise, confie Céline Righi. Ce qui est en jeu, c’est la force que l’on met pour sauver quelqu’un tout en essayant de rester soi-même. »
Il en va de la toxicité des plantes comme de celle des êtres, parfois, la beauté empoisonne. « J’ai eu envie de creuser cette question, confirme la romancière: comment peut-on aimer quelqu’un si fort qu’on ne sait plus où l’autre commence et où l’on finit soi-même ?» Derrière ces questions universelles demeurent des pages à l’atmosphère feutrée. Peut-être parce que ce livre a été écrit à l’heure où tout se réveille. « Je crois que ce sont les personnages qui imposent leur rythme d’écriture, révèle la romancière. Pour écrire La Chambre fougère, j’écrivais à l’aube. Mais je viens de commencer un nouveau roman et je travaille plutôt en fin de soirée. »
De jour comme de nuit, on retrouve dans l’œuvre de Céline Righi une envie de célébrer le vivant. Dans Berline, Fernand, coincé sous une berline après l’effondrement d’une mine, se remémorait sa vie jusqu’à refaire surface. Dans Les Choses de la nuit, Henry, un ancien trompettiste de jazz manchot, nous entraînait dans un road trip qui rappelait que la vie vaut d’être vécue. La Chambre fougère est encore un roman de la rédemption. Cette fois-ci, la clé se cache quelque part dans la nature.
Céline Righi sera présente tous les jours au Livre sur la Place, sur le stand de la librairie L’Autre Rive. Le dimanche, elle rencontrera le romancier Grégoire Courtois autour du thème, la nature au cœur, à 14 h 30 au Museum-Aquarium.