ApresGerda Lettresfrancaises

Jean-Pierre Han, Les Lettres françaises

Après avoir écrit la biographie d’un personnage sulfureux, le gendre du dictateur Trujillo, Porfuio Rubirosa, et mené enquête dans des reportages sur d’autres olibrius du même type sans être du même calibre, comme le faux Comte de Saint-Germain ou carrément Claude Buffet, un criminel des années 1960-1970, qui mourra guillotiné, Pierre-François Moreau se penche cette fois-ci sous le couvert d’une œuvre romanesque, sur une partie de la vie du célèbre photographe Robert Capa, lors de la guerre civile en Espagne, à partir de 1936. Le jeune Endre Ernö Friedmann (c’est son vrai nom) a alors 23 ans. Il a quitté sa Hongrie natale et va bientôt adopter le pseudonyme sous lequel nous le connaissons. Ni personnage sulfureux ni escroc, bien sûr, comme les personnages cités plus haut, Robert Capa est un correspondant de guerre dont la renommée tient en grande partie à une photographie (Mort d’un soldat républicain), qui représente un soldat en chemise blanche touché de plein fouet par une balle ennemie. Sauf que cette photographie aurait été totalement mise en scène. « interprétée » par un anarchiste qui mourut très peu de temps après dans un vrai combat. Alors, Robert Capa, faussaire ? Pierre-François Moreau, on le voit, est dans un registre qui lui convient. Si l’épisode de la prise de vue du soldat républicain est parfaitement décrit, et que l’auteur y revient à maintes reprises comme un leitmotiv, il ne constitue toutefois pas le noyau du livre dont je rappelle qu’il s’agit d’un roman et non d’un essai, biographique ou pas. Un roman dont le titre, Après Gerda, est parfaitement explicite. La couverture du livre, qui nous montre Gerda Taro, cigarette à la main, la moue ironique et un œil qui cligne, l’est tout autant. Compagne de Robert Capa, la jeune femme de trois ans son aînée, elle aussi photojournaliste, est tuée par un char républicain qui a fait une fausse manœuvre pendant le conflit en Espagne, près de Madrid : Robert Capa, qui se trouve alors à Paris pour préparer leur voyage commun en Chine, devient veuf et n’aura de cesse de réaliser un album, Death in the Making, couvrant les douze derniers mois qu’ils ont le plus souvent passés ensemble, à couvrir le conflit. Un hommage à sa compagne disparue, peut-être une manière de la faire revivre en entremêlant relations professionnelle et relations intimes. Le roman de Pierre-François Moreau est passionnant à plus d’un titre. Il parvient en effet à « ramasser » par la grâce de son écriture vive, différents genres à la fois. Le plus pur romanesque bien sûr, je l’ai suggéré, mais aussi celui de la chronique historique, du portrait – et celui en creux de Gerda Taro est étonnant. C’est une sorte de road movie littéraire, ce qui tombe plutôt bien, puisque l’après-Gerda de Robert Capa se passe pour une bonne partie à New York, où le jeune homme, entre deux soûleries et quelques rendez-vous, tente de se faire une place dans un tourbillon où des personnages de la réalité la plus stricte se retrouvent entraînés dans le récit écrit à la première personne du singulier. Car c’est bien Robert Capa qui raconte son histoire, qui se raconte avec un regard aigu (ce qui, de la part d’un photographe, est la moindre des choses) et sans concession. En fait l’auteur, Pierre-François Moreau, a accumulé une somme incroyable de renseignements sur son héros : une foule de détails sur sa vie, sur son époque et sur le milieu que fréquente son Robert Capa, dont les ressorts psychologiques sont mis au jour au fil du récit. Il narre le tout dans un style serré qui ne lâche pas le lecteur une seule seconde. Une précision qui explique peut-être cet aspect de son écriture : Pierre-François Moreau est également cinéaste et auteur de romans policiers…

 

Lettre d'information

Inscrivez-vous à notre lettre d’information pour être tenu au courant de nos publications et des manifestations auxquelles nous participons.