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Amélie La Cozannet, Les Lettres françaises
Ce qui frappe dans l'Orient de Gobineau, et la préface le souligne avec pertinence, c'est qu'il est à la fois merveilleux et matériel. Pas de ces soieries et de ce luxe à profusion qui firent rêver le XVIII e siècle : l'Orient de Gobineau n'est pas celui du fantasme occidental. L'imaginaire n'est pas sollicité par un exotisme bon marché mais par la véritable présence de l'Orient. Le merveilleux de Gobineau, c'est celui du voyage, qui fait rencontrer l'Autre et impose tout à coup sa présence : c'est le ménage crasseux de Bibi-Djânem, entre eau-de-vie, chansons et coups de pantoufle, c'est ce muletier qui affirme que, dans un monde de voleurs, seule l'honnêteté des muletiers assure la possibilité du commerce, c'est la guerre contre les Turcomans (une guerre où l'on manque de poudre, les généraux l'ont vendue), c'est cette danseuse qui n'a vécu que pour retrouver le seul membre vivant de sa famille tout en le méprisant. Les destins racontés ne sont en rien ordinaires et donnent cependant l'impression d'avoir été pris sur le vif tant ils ont la puissance du vécu. Présence de l'Orient au-delà du mirage de l'Orient : il était temps que les Nouvelles asiatiques de Gobineau retrouvassent des lecteurs.
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François Prost, ArtsLivres
Le voyage auquel Gobineau convie le lecteur est d'abord un voyage littéraire, riche des ingrédients attendus du conte oriental, genre fort développé entre les XVIIe et XIXe siècles : Sublime Porte et Terre Sainte de l'Islam, monde de cours arabes et de harems raffinés, beaux soldats enturbannés, belles houris mystérieuses, tribulations de vengeance et péripéties amoureuses, derviches magiciens, muletiers hauts en couleur et chameliers roublards, le tout souligné par un sens du pittoresque, un véritable talent de peintre, des ostentations du légendaire luxe oriental aux violences d'un paysage tantôt romantique et tourmenté, tantôt investi d'une majesté cosmique. À tous points de vue, le recueil se distingue par l'élégance, la puissance et la finesse de l'écriture, incontestablement parmi les meilleures du siècle, qui doit beaucoup à la longue expérience du voyage acquise par l'auteur (diplomate de carrière) et à sa pratique confirmée du récit de voyage, amplement saluée du reste par des successeurs comme Nicolas Bouvier. Bref, comment s'ennuyer sous la conduite d'un tel Cicerone, d'autant que l'auteur sait quand changer de ton, passer du burlesque au tragique, du pittoresque au psychologique, et donner ainsi à chaque nouvelle son identité narrative : en troisième ou première personne, en narration de premier degré ou sous couvert de rapports de bouche à oreille, avec parfois des interventions ponctuelles du narrateur interpellant le lecteur, etc. Ici encore Gobineau est fils de son siècle, un bon disciple digne des maîtres de la prose qui l'ont précédé.
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