|
Benoît Heimermann, L'Équipe magazine
Écrite en 1906 à mi-temps des créations du Tour de France (1903) et du Giro (1909), cette « tentation » est en fait une initiation. Celle entreprise par Edmondo de Amicis, écrivain prolixe et reporter chevronné qui, après de multiples réticences, adhère aux joies de la bicyclette, « les mains sur le guidon et l'âme au vent ». Mieux qu'une trouvaille : un hymne à la petite reine définitivement autonome et démocratique.
Delphine Berdah, La Recherche
La lecture de La Tentation de la bicyclette rappelle la sensation sucrée et très nostalgique que procurent ces bonbons à la violette qu'on laisse fondre sous la langue et qu'évoque la jolie couverture en papier glacé. Edmondo de Amicis croque l'engouement populaire suscité à la toute fin du dix-neuvième siècle par « la petite reine », parée de toutes les vertus, qu'elles soient médicales (en « cure » des désagréments de l'âge) ou littéraires (remédiant aux « stagnations dans le flux du propos »). Que de tentations pour l'homme de lettres ! Tentations de la vitesse, de la fougue, de l'aventure de la jeunesse incarnée par la bicyclette, et auxquelles cèdent ses contemporains. Or justement, de jeunesse, Edmondo de Amicis n'en a plus, et « la petite sorcière » s'amuse à le lui rappeler ! Avec beaucoup d'humour et de talent, Amicis dépeint les « commendatori arc-boutés, cavalieri courbés par les rhumatismes », « adipeux », « soufflant », dont il raille le ridicule et pourtant malgré tout admire l'audace !
Doit-il se moquer de son image et se lancer sur la machine ou cacher derrière sa dignité l'humiliation de n'avoir pas osé essayer ?
Un joli plaidoyer pour le carpe diem et contre l'autocensure, quels que soient les outrages de son âge et de son temps !
Chemin des livres
Pourquoi vouloir à tout prix s’attacher aux engouements du moment, pourquoi céder au conformisme et de fait oublier ou nier ce que l’on est ? On ne prendra pas tout au pied de la lettre dans ce texte somptueux et vif. Si Edmondo de Amicis se prend lui-même pour « un vieux débris », un « vieux coucou », il n’y a pas là que le constat de l’âge et de ses maux. N’est-ce pas aussi le retour sur une vie
d’écriture, au tournant d’un siècle ?
|
Olivier Quelier, BSC News
Chronique d'un vieil homme au physique ingrat qui refuse de céder à la tentation de cette nouveauté adoptée par tous, ce récit prend des allures de combat épuisant du piéton face à toutes les sollicitations, prières, menaces, les quolibets et les injonctions dont il fait l'objet.
Nez au vent, Edmondo de Amicis entraîne le lecteur sur les voies de la littérature et de l'écriture. À l'image de cette Petite Collection qui, forte d'ouvrages oubliés ou méconnus mais « dignes de vivre ou de revivre », ouvre la porte étroite de belles et durables découvertes.
Pierre Darquenne, Ville à vélo
On ne peut que remercier cette maison d'édition d'avoir sorti de l'oubli ce texte, court il est vrai, mais tellement amusant à lire. Il a été écrit en 1906, à une époque où la bicyclette était déjà un produit industriel et populaire, et alors que l'auteur était proche de la fin de sa vie. Pourtant, dès sa démocratisation (dans les années 1890) et la folie populaire qu'elle entraînera, l'auteur ne cessera d'être tenté, invité à s'y adonner comme bon nombre de ses contemporains mais jamais il ne franchira le pas, sans doute par peur de la « machine », peur de la chute et des moqueries de badauds. Dans ce texte, l'auteur se livre à une description de ses sentiments et émotions face à la petite reine qu'il touchera, admirera, mais jamais ne montera pour finalement, à l'article de sa mort, ressentir plein d'amertume de n'y pas avoir goûté.
René Codani, Cyclotourisme
Edmondo de Amicis, probable inventeur du roman-reportage, est le maître du bozzetto — l’esquisse —, une forme propre à l'Italie du dix-neuvième siècle. Dans ce petit ouvrage, il décrit avec ironie et autodérision ses rapports difficiles autant avec ses amis cyclistes qu'avec la bicyclette elle-même.
|